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Analyse des élections en Pologne
Le 27-10-2015 © Beskid Info

Analyse des élections en Pologne

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Ce dimanche 25 octobre se sont déroulées en Pologne les élections législatives, qui ont vu, le PiS, donner une nouvelle majorité au Président Andrzej Duda.
En effet le PiS remporte cette élection avec 37,58% devant le parti au pouvoir sortant Po avec 24,09% ce qui donne une majorité absolue au PiS avec 235 sièges sur 460

Devant le manque flagrant d’articles de qualité en langue française pour commenter de manière satisfaisante les élections polonaises, ci-dessous quelques informations/réflexions nous semblant pertinentes sur 2 sujets : le programme exact de PiS et les 10 principales raisons de la défaite de PO.

LEGISLATIVES POLOGNE 2015 - QUEL EST LE PROGRAMME DE PiS ? POURQUOI PO A-T-IL PERDU ?

QUESTION 1 : QUEL EST LE PROGRAMME DE PiS ?
1) Politique sociale et familiale

- Limitation de l’emploi précaire basé sur les contrats à durée déterminée, avec la création d’un SMIC de 12 zl brut. A terme et dans l’idéal, le SMIC ne devrait pas être inférieur à 50% du salaire moyen polonais.

- Politique pro-familiale pour répondre aux problèmes démographiques de la Pologne : 500 zl/mois/enfant de subventions à partir du 2ème enfant (en 2014, le taux de fécondité en Pologne était l’un des plus bas au monde avec 1.3 enfant/femme). Cet effort démographique devrait aller de pair avec la création de conditions économiques permettant le retour d’une partie des 2 millions d’immigrés polonais ayant quitté le pays depuis 2004 et le rapatriement des Polonais déportés par Staline en ex-URSS (Ukraine, Kazachstan).

- Logement : L’Etat doit construire et pouvoir proposer des appartements dont les prix seraient plus compatibles avec le revenu moyen des Polonais (2 500 zl/m2).

- Annulation de la réforme des retraites de 2012, avec de nouveau une retraite à 60 ans pour les femmes, et 65 ans pour les hommes.

- Médicaments gratuits pour les retraités de plus de 75 ans

2) Fiscalité

- Réduction des impôts pour les ménages : les ménages dont le revenu est inférieur à 8 000 zl (contre 3 100 zl actuellement) ne devraient pas payer d’impôt sur le revenu (seulement les charges sociales), ceci afin de renforcer le pouvoir d’achat des Polonais, et donc les revenus budgétaires de l’Etat

- Baisse de la TVA de 23% à 22% avec une amélioration de l’efficacité de la récolte fiscale par les administrations (jusqu’à présent, ce taux de récolte effectif de l’impôt était considéré par la Commission Européenne comme insuffisant)

- Baisse de l’impôt CIT payé par les grandes entreprises : de 19% a 15%
- Création d’un impôt spécial sur les hypermarchés et la grande distribution : 2% de leur revenu.

- Création d’un impôt spécial sur le secteur bancaire et les transactions financières

- Maintien de certains régimes spéciaux (notamment pour les agriculteurs)

3) Economie

- Volonté de faciliter l’activité des PME pour créer de la croissance et de l’emploi

- Repolonisation progressive de certains secteurs stratégiques de l’économie privatisés ces dernières années. Ceci vaut notamment pour le secteur bancaire (75% du marché aux mains de groupes contrôlés par des banques étrangères, contre 10% en France) ou l’énergie

- Protection renforcée des consommateurs prenant un crédit en monnaie étrangère auprès des banques

- Interventionnisme de l’Etat et de la Banque Centrale pour stimuler l’investissement

- Refus de l’adoption de l’euro (et ce au moins « tant que le niveau de vie des Polonais ne sera pas comparable à celui des Occidentaux »)

4) Questions morales et vision de la société

- Parti ouvertement d’inspiration catholique sur les questions de société

- A l’image de la politique du gouvernement PO, non-remise en cause du Concordat datant de 1993 régulant les relations entre le Vatican et l’Etat polonais, et garantie de la liberté des cultes en accord avec la Constitution polonaise.

- Protection et promotion de la famille traditionnelle polonaise en se reposant sur l’article 18 de la Constitution : « La République de Pologne sauvegarde et protège le mariage en tant qu'union de la femme et de l'homme, la famille, la maternité et la qualité de parents. ». Par conséquent, aucun changement n’est prévu par rapport à l’héritage du gouvernement PO sur le mariage homosexuel, de telles unions ne seront pas non plus légalisées. Aucun contrat d’union civile de type « PACS » pour organiser la vie commune de 2 personnes non-mariées n’est prévue.

- Avortement/IVG : statut quo par rapport à ce qui existait sous le gouvernement PO et depuis une vingtaine d’années : la « Loi de la Protection de la Vie Conçue » devrait toujours réguler l’IVG, légal en Pologne dans 3 cas bien précis: le viol, le danger pour la vie/ la santé de la mère, la malformation du fœtus.

- Fécondation in-vitro : à priori PiS ne devrait pas revenir sur la réforme PO permettant une telle fécondation, seul le remboursement de la procédure devrait disparaître.

- Euthanasie : De même que la situation durant les années de gouvernement PO, seule la « mort naturelle » est acceptée donc ceci ne sera pas légalisé

- Théorie du genre : Rejet de tout projet permettant le changement de sexe dans les papiers d’identité en fonction du sexe « ressenti » (veto du président Duda au récent projet PO allant dans ce sens et destiné notamment à s’attirer la sympathie des électeurs de gauche)

- Cours de religion à l’école : ils seront maintenus, statu quo par rapport à ce qui existait sous le gouvernement PO et depuis une vingtaine d’années, et situation comparable à ce qu’on trouve dans des pays comme l’Irlande, l’Allemagne ou le Portugal (NB. contrairement à ce qui s’est parfois dit, la religion ne devrait pas à priori devenir une matière obligatoire au baccalauréat).

5) Politique étrangère et européenne

- Parti souverainiste favorable à une « Pologne forte et indépendante » au sein d’une UE se reposant avant tout sur une Europe des Nations (NB : ce n’est donc pas un parti « eurosceptique » comme certains médias occidentaux ont tendance à dire, aucune sortie de l’UE n’ayant jamais été souhaité par PiS, qui a d’ailleurs signé le traité de Lisbonne en 2007 critiqué fortement à l’époque par PO, dont le slogan était « Le traité de Nice ou la mort ». PiS ne souhaite tout simplement pas d’une Europe fédérale et considère que sa politique européenne doit avant tout « répondre aux intérêts des Polonais, avant de répondre à celle de Bruxelles ou de Berlin »

- Le PiS compte renforcer la coopération régionale, notamment avec les « pays-frères » du groupe de Visegrad (Hongrie, République tchèque, Slovaquie), ce qui permettrait de créer un front commun des pays d’Europe Centrale lorsque la situation politique ou économique le nécessite

- Renforcement de la présence de l’OTAN en Pologne, avec augmentation des dépenses militaires à au moins 2,5% du PIB (contre 2% actuellement) pour faire face au contexte régional actuel

- Sur la crise des réfugiés: la Pologne se doit d’offrir aux pays d’accueil telles que la Grèce ou la Turquie une aide humanitaire et financière pour s’occuper des réfugiés du Moyen-Orient et d’Afrique qui y stationnent. PiS refuse tout quota obligatoire de l’UE imposant d’accueillir à chaque pays membre un nombre donné de réfugiés/migrants économiques, ceci devant se faire sur la base volontaire de chaque Etat souverain selon PiS.

6) Réformes constitutionnelles, institutionnelles et administratives

- Réformes constitutionnelles devant permettre de renforcer les pouvoirs du Président de la République polonaise, qui pourrait dans certains cas gouverner par décrets (son rôle étant actuellement plutôt limité depuis la réforme constitutionnelle d’inspiration parlementaire de 1997)

- Renforcement d’une manière générale du pouvoir exécutif bicéphale (Président + Premier Ministre) afin de mettre en place un système de pouvoir plus centralisé

- Réforme d’une justice jugée « corrompue et au service de l’exécutif » sous le gouvernement précédent. L’une des mesures phares est de fusionner les rôles de ministre de la Justice et de Procureur Général.
- NB : pour mettre en place une telle réforme constitutionnelle, il faudrait une majorité des 2/3 au Parlement, ce dont PiS ne dispose pas. Toutefois, Kukiz’15 souhaite également une nouvelle constitution polonaise, pour « détruire le système mafieux » qui aurait été mis en place en 1989 par le compromis entre les communistes et Solidarność.
7) Autres sujets : corruption, médias, patriotisme, éducation

- La lutte contre la corruption devrait être l’une des grandes priorités de PiS, ce thème étant à l’origine même de son existence sur la scène politique polonaise, comme l’indique le nom du parti : « Droit et Justice ».

- Limitation de la participation étrangère dans les médias main-stream polonais à 15%-20% maximum de part du marché pour un média donné, afin qu’aucun sujet politique ou aucune vision ne soit « imposée de l’extérieur » (NB : En 2015, 80% des grands médias mainstream en Pologne sont aux mains de groupes européens, notamment allemands et souvent impliqués également dans le monde du business, qui ne voient pas d’un bon œil le programme de certains partis tels que PiS, Kukiz,15 ou KORWiN).

- Valorisation de l’identité polonaise, importance de l’éducation patriotique et mise en avant de l’héritage historique du pays (création du Musée de l’Histoire de Pologne d’ici à 2018, soutien financier au cinéma parlant de l’histoire du pays)

- Dans l’éducation, PiS veut revenir à l’ancien système de huit ans d’école primaire et de quatre ans de lycée (NB : la réforme ayant introduit un collège entre le primaire et le lycée en Pologne ayant été critiqué par une partie de la population). Sans revenir complètement sur la décision du gouvernement PO d’abaisser l’âge obligatoire d’entrée à l’école en Pologne de 7 à 6 ans, PiS veut proposer le libre choix aux parents de mettre ou non leurs enfants à l’école à 6 ans.

QUESTION 2 : POURQUOI LE PARTI PLATEFORME CIVIQUE (PO) A-T-IL PERDU ?

Les 10 principales raisons sont aussi diverses que le profil de l’électorat polonais :

1) Beaucoup d’électeurs jusqu’alors fidèles de PO se sont détournés de ce parti de centre-droit, considérant qu’il s’est progressivement écarté de ses racines conservatrice (sur les questions de société) et/ou libérale (sur les questions économiques), tout en n’ayant pas tenu de nombreuses promesses électorales faites en 2007 et 2011.

2) Différents scandales financiers graves (Amber Gold, OFE…) et une affaire d’écoutes téléphoniques ont éclaboussé des personnalités de premier plan de PO, comme l’ex-ministre des Affaires Etrangères Radoslaw Sikorski.

3) Il y avait un décalage assez important entre l’image que donnait certains médias mainstreams et favorables à PO (Gazeta Wyborcza, TVN, la quasi-totalité des médias occidentaux) et l’opinion que la majorité de la population avait du parti au pouvoir d’une part, et de la situation dans le pays d’autre part. Certains considèrent que les sondages d’opinion étaient souvent mensongers et destinés à influencer l’opinion, prenant pour exemple le fait que l’ex-Président PO Bronislaw Komorowski était censé être l’homme politique le plus populaire de Pologne (avec 80% d’opinions favorables) et gagner facilement dès le 1er tour les élections présidentielles de mai dernier avec 70% des voix (il n’aura eu finalement que 30%). Autre élément que pointent du doigt certains Polonais et qui fait partie des « mythes fondateurs » de beaucoup de médias mainstreams parlant de PO : que le pays aurait connu une « période d’or » exceptionnelle sous le gouvernement PO depuis 2007 (« l’année où tout commença »), qu’il faudrait opposer à une « période noire » sous les gouvernements précédents. Hors, s’il est vrai qu’économiquement la Pologne s’en est plutôt bien sortie comparé à d’autres états européens, lorsqu’on y regarde de plus près, la croissance étaient encore plus forte avant l’arrivée de PO, aux environs de 5% par an entre 2000 et 2007. D’autres critiques de ce qu'ils appellent la « propagande officielle » soulignent le fait que si le taux de chômage a effectivement baissé, cela n’est aucunement à mettre à l’actif du gouvernement, étant donné que cela s’est fait en grande partie grâce au départ de 2 millions de Polonais durant ces dernières années. Enfin, ils pointent le fait qu’un libéralisme économique parfois aveugle a été mise en place et a transformé petit à petit la Pologne en une « colonie économique » pour les grandes multinationales étrangères. Ces personnes affirment que des pays comme la France ou l’Allemagne n’auraient jamais accepté de vendre 75% de leur secteur bancaire ou la quasi-totalité du secteur des télécoms à des groupes étrangers, et que donc la Pologne devrait elle aussi préserver ses intérêts. Et ce, alors que, autre détail sur lesquels PO se gardait bien de communiquer en Europe, la dette publique a littéralement explosé sous le gouvernement PO, passant de 520 milliards en 2007 au chiffre de 1 000 milliards de zlotys en 2015, niveau jamais atteint auparavant dans l’histoire de la Pologne, et qu’il faudra tôt ou tard rembourser…

4) Les différents partis d’opposition (PiS, Kukiz’15, KORWiN notamment) ont séduit par leur discours les petits chômeurs et les retraités, « perdants » de la transition économique, mais aussi et surtout les électeurs plus jeunes, soucieux du niveau des salaires, de la cherté croissante du logement, de la précarisation de l’emploi et des dysfonctionnements du système de sécurité sociale. Le discours de Kukiz’15, nouveau mouvement anti-système défendant des idéaux patriotiques et conservateurs de droite fondé par le chanteur de rock Pawel Kukiz, a beaucoup séduit et en l'absence de financements s’est appuyé, fait remarquable, sur des dizaines de milliers de bénévoles et les réseaux sociaux. Aux yeux de Kukiz et des ses militants, une « partocratie » est au pouvoir en Pologne depuis plus de 25 ans, depuis les accords entre le syndicat Solidarité et les communistes en 1989, ces « mafieux » se relayant au pouvoir à chaque nouvelle élection, PO ayant été le parti incarnant ce « système pourri de l’intérieur» ces dernières années. Kukiz critique la politique économique du pays, laquelle, selon lui, dépend de grands groupes étrangers et aurait contraint des millions de Polonais à l’émigration. L’ex-rocker milite pour l’introduction du vote uninominal et s’est prononcé aussi pour une politique active de promotion et d’aide de la famille traditionnelle. Il souhaite le règlement par référendum de nombreuses questions sociales ou politiques controversées. KORWiN (Koalicja Odnowy Rzeczypospolitej Wolność i Nadzieja, Coalition pour la restauration de la liberté et de l’espoir de la République) rassemblé autour de l’eurodéputé Janusz Korwin-Mikke a également réussi à séduire les jeunes aux détriments de PO, ce parti libertarien-conservateur est contre l’interventionnisme de l’Etat, ouvertement eurosceptique et allié du Front National au Parlement Européen (avec qui, outre l’opinion négative sur l’UE, il ne partage en réalité pas beaucoup de choses en terme de programme politique et surtout économique).

5) A ces frustrations économiques s’ajoute l’usure de la Plateforme civique (PO) et de ses dirigeants, perçus par une partie de la population comme arrogants, déconnectés de la Pologne « ordinaire » et ayant créé selon certains un népotisme sans précédent au sein des administrations, du monde des affaires et des médias, poussant à la diabolisation des partis d’opposition

6) Une partie non-négligeable de la population considère la volte-face de dernière minute du gouvernement d’Ewa Kopacz concernant la question des réfugiés (que certains en Pologne prennent plutôt pour des "migrants économiques") comme une trahison, symbole selon eux de l'assujettissement croissant de Varsovie à Berlin et Bruxelles, faisant de la Pologne un Etat membre de l’UE vassal, sans souveraineté politique réelle. A noter que la place donnée au débat sur les migrants en Pologne pour expliquer le revers de PO est très exagéré dans les médias occidentaux, ce parti aurait sans aucun doute perdu ces élections législatives même si cette crise des réfugiés n’avait pas eu lieu.

7) L’actuel Président du Conseil européen et ancien Premier Ministre/leader du parti PO Donald Tusk (qui contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant la presse occidentale était loin d’être apprécié par la majorité de la population) n’a pas vraiment préparé sa succession à la tête du parti, ayant cédé sa place à Ewa Kopacz, qui a mené une campagne généralement considérée par les analystes politiques comme sans inspiration.

8) PO n’a pas su renouveler ses cadres, contrairement au PiS (Beata Szydło, Andrzej Duda) ou proposer de nouveaux visages, contrairement aux nouveaux mouvements d’opposition (Kukiz’15, Nowoczesna, KORWiN, partia Razem notamment).

9) Le syndicat historique Solidarnośc, bien que n’ayant pas appelé officiellement à voter PiS, a tout de même officieusement encouragé ses membres à faire barrage au gouvernement libéral de PO. Avec 580 000 membres auxquels il faut rajouter leur famille, c'est une force politique non-négligeable. A noter que cette année, l'Eglise a été très discrète durant la campagne électorale en Pologne, ne souhaitant pas être mise en avant et prenant ses distances par rapport à PiS alors qu'elle est partagée en son sein entre la volonté de répondre au soutien affichée du Pape François aux réfugiés et l'opinion des partis conservateurs sur la question (notamment PiS, Kukiz’15 et KORWiN).

10) Enfin, last but not least, PiS a un électorat considéré comme très discipliné et quasi-inaccessible aux autres partis, qui lui garantit toujours au moins 25-30% des voix. L’électorat PO est beaucoup plus volatile et susceptible d’être séduit par le discours de partis nouvellement créés (Nowoczesna, Kukiz’15, KORWiN, partia Razem…). Ainsi, 50% des électeurs de PO de 2011 ne lui ont pas renouvelé leur confiance cette année.
Quelques soient les convictions politiques de chacun, on espère que ces éléments qui nous paraissaient importants à souligner permettront aux Français et Francophones de mieux comprendre le contexte précis et les résultats de ces élections législatives 2015 en Pologne, généralement couverts de manière partielle et/ou partiale par la presse francophone.

ZA avec Team Beskid
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