Les Cosaques, déjà
maîtres de l'Ukraine, se placèrent, en 1654, sous la protection
du tsar Alexis, qui enleva Smolensk et Wilno. Moscovites, Suédois,
Tatars se ruèrent à la curée. Varsovie fut prise par les Suédois,
qui occupèrent toute la République, sauf Danzig et Lvov. Nombre
de gentilshommes pactisèrent avec eux, et bientôt, ce qui resta
de l'armée passa à l'ennemi. Le roi et la reine se réfugièrent
en Silésie. Charles X de Suède s'apprêtait à coiffer la
couronne de Pologne lorsque la résistance du monastère de Czestochowa,
en 1655, galvanisa le peuple, exaspéré par les pillages
et les profanations. Gorgée d'héroïsme, la Pologne sortit néanmoins
exsangue de la tourmente.
Au traité de Welhau en 1657, elle perdit sa suzeraineté
sur la Prusse ducale ; la paix d'Oliwa (1660) reconnut
la Livonie maritime à la Suède ; enfin, à l'issue d'un long conflit
avec les Russes, la trêve d'Androussovo, en 1667, cédait
à Moscou Smolensk. Kiev et l'Ukraine de la rive gauche du Dniepr
.
Les pays était dévasté, les villes mises à sac, les exploitations
agricoles abandonnées, la misère était générale. La peste noire
s'ajouta à ces malheurs : un tiers de la population périt. Le
roi Jean Casimir comprit la nécessité d'une réforme institutionnelle.
Il était sur le point de la faire accepter par la diète quand
les intrigues de sa femme, le reine Louise de Gonzague-Nevers,
pour assurer par des élections anticipées la couronne à un prince
français, compromirent tout. Deux ans d'insurrection suivirent
et Jean Casimir, devenu veuf, abdiqua et s'exila en France.
Les électeurs polonais, craignant, à juste titre, les visées étrangères,
préférèrent élire un prince polonais, Michal Korybut Wisniowiecki.
Celui-ci, piètre souverain, vit se léguer contre lui le primat
et l'hetman Jean Sobieski. La guerre civile menaçait. C'est alors
que le sultan, pour contenter ses nouveaux alliés les Cosaques,
déclara la guerre ; une série de revers obligèrent le roi Michal
à céder la Podolie et la totalité de l'Ukraine. Mais, devant le
sursaut national, la diète refusa de ratifier le traité et confia
le sort du pays à Jean Sobieski.
Celui-ci enleva de haute lutte le camp retranché de Chocim et,
le roi Michal étant mort, se fit élire triomphalement par la diète.
Ce prince était aussi fin lettré que vigoureux sabreur. Il arrêta
une nouvelle invasion turque, céda un temps aux sollicitations
de la France, mais , ne recevant pas d'elle l'appui qu'il escomptait
contre le sultan, se tourna vers l'Autriche, qui recouvra
son ancienne influence : une alliance fut nouée avec l'empereur
en 1683. Vienne, assiégée par les troupes ottomanes, fut
débloquée par les armées allemandes et polonaises.
Sobieski qui conduisit lui-même l'ultime charge à la tête de ses
" usarz " ailés, fut le héros de cette victoire mémorable. Animé
de l'esprit de croisade, il entraîna la Russie dans la Sainte
Ligue en lutte contre la Sublime-Porte. Sobieski dirigea alors
en Valachie deux difficiles campagnes dont la durée ralluma l'indiscipline
et l'esprit de parti en Pologne.
Aussi mourut -il en 1696, désespéré de n'avoir pu, malgré
ses victoires, reconstituer l'Etat polonais.