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L'exil national

 

La chute de l'insurrection entraîna la liquidation de l'armée polonaise et une restriction brutale de l'autonomie, toute formelle, du royaume, tandis que les territoires soumis à la Prusse devenaient l'objet d'une germanisation intensive. Neuf millions d'anciens insurgés, fuyant une sévère répression, s'exilèrent en Europe occidentale, principalement en France. C'est là que se groupèrent les dirigeants politiques et les représentants les plus brillants de l'élite intellectuelle de l'époque. Un courant démocratique et révolutionnaire, en ce qu'il liait la question de la réforme agraire à celle de l'indépendance nationale, se dégagea rapidement parmi les exilés. Tandis que l'Autriche, en 1846, matait un soulèvement paysan en annexant purement et simplement la république autonome de Cracovie, le mouvement révolutionnaire gagnait l'Europe entière.
Les exilés polonais participèrent à toutes les révolutions nationales sans voir pour cela leurs aspirations comblées.
Ce n'est qu'après l'abolition du servage en Russie (1861) que l'espoir d'un renouveau national leur fut de nouveau permis. Un soulèvement eut lieu en janvier 1863, à Varsovie, en liaison avec les révolutionnaires russes. Il devait durer un an . Le tsar gagna militairement, mais céda sur le fond et accepta que la terre soit distribuée aux paysans qui la cultivaient. IL y eut une nouvelle vague d'exilés parmi lesquels on devait compter Jaroslaw Dabrowski (1836-1871) qui exerça pratiquement le commandement en chef des troupes de la Commune de Paris durant la dernière phase de sa défense.
Entre 1864 et 1890, l'Allemagne et la Russie s'efforcèrent de dénationaliser à outrance le pays. Alexandre II et ses successeurs annulèrent la plupart des libertés octroyées au royaume ; ils cherchèrent à opposer gentilshommes et paysans et s'attaquèrent à l'Eglise catholique. L'enseignement fut russifié, la langue polonaise interdite. Les paysans, malgré l'abolition du servage et l'octroi de terres à bas prix, ne pardonnaient pas au régime tsariste la persécution de ses prêtres, l'emploi administratif de la langue russe et le service militaire de leurs fils aux confins de l'Empire.
La situation était comparable sous le régime prussien, où la germanisation fut vigoureusement entreprise. Le Kultur-kampf suscita l'union entre catholiques allemands et polonais. Le clergé garda partout son rôle de fédérateur de la société polonaise. Comme la population était prolifique et tendait à submerger l'élément prussien, une politique d'acquisition de grands domaines en faveur de colons allemands fut entreprise mais n'eut pas les résultats escomptés. En revanche, en Autriche, l'empereur François-Joseph consentit une large autonomie à la Galicie avec une diète et une commission permanente présidées par le " maréchal du pays ". A la fin du siècle, la vie nationale s'était ranimée, sous l'influence d'une élite centrée sur Varsovie. La ligue nationale fut fondée en 1886 et le parti national-démocrate, en 1897 ; le mot d'ordre était celui d'une résistance légale à la russification et à la germanisation. Le socialisme fit son apparition, mais il ne se sépara pas de l'idée de patrie et d'indépendance nationale. Limanowski présida, en 1892, un congrès qui donna naissance au parti socialiste polonais ; parmi ses adhérents Jozef Pilsudski (1867-1935), petit gentilhomme lituanien, passa dès 1904 à l'action directe et suscita des troubles.
Après la malheureuse guerre de Mandchourie, l'annonce d'une douma fut accueillie avec enthousiasme à Varsovie. Les Polonais étaient largement représentés dans les deux premières doumas. Leur nombre fut ensuite réduit à douze dans la troisième.
Les minorités (Lituaniens, Ukrainiens, Biélorusses) travaillées par les gouvernements copartageants, se dressaient de plus en plus contre les Polonais. L'élément polonais lui-même était profondément divisé à la veille de la Grande Guerre. Certains voyaient dans la Russie le seul espoir de salut de la Pologne, d'autres étaient animés d'une haine profonde contre la Russie tsariste, et Pilsudski offrit l'appui de ses légions, petits groupes paramilitaire .

 



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