A
l’aéroport de Varsovie, je reconnais de loin, mes cousines
Jolanta, Agnieszka et son époux Marek.
L’une des deux tient une photo en noir et
blanc et semble me chercher parmi les voyageurs qui débarquent.
Je les reconnais de suite, la joie est immense,
je les rejoins et demande à une personne qui était
dans l’avion de nous prendre en photo.
L’accueil est formidable dans cet aéroport de Varsovie
que je trouve si intime par rapport à Charles de Gaule à
Paris que je venais de quitter avec une demi-heure de retard à
cause d’une alerte à la bombe.
A cet instant précis, mes nerfs se relâchèrent
après avoir vécu le dynamitage de la valise isolée
qui représentait le danger.
Bref, embrassades, larmes, une rose à la
main et cap sur Pabianice, à 130 km, vers l’appartement
de ma cousine Jolanta.
Première surprise, invitation dans un restaurant
de Pabianice le soir même.
Le lendemain, je ne m'attends pas du tout au marathon
organisé par ma famille.
Je suis pris en charge par les cousines qui ont
préparé mon emploi du temps.
Visite chaque jour de plusieurs familles, les larmes
jaillissent (un peu) partout où je passe.
Le summum est atteint chez ceux qui ont cherché
après nous vers 1980.
Le père de cette famille, Ryschard Cymerman,
vient de partir il y 3 ans seulement, la veuve est très émue.
Personne ne voulait les croire au sujet de notre
existence en France, ils se sentaient sûrement incompris et
maintenant ce sont eux les plus heureux.
Visite au cimetière, d'abord vers celui
qui nous a recherché (Ryschard père d’Agnieszka)
puis sur la tombe des parents (Eugeniusz et Irena) de l’autre
cousine Jolanta et enfin vers le tombeau de mes arrières-grands-parents
(Andrzej CYMERMAN et Marianna SWANSKA) qui sont bien là,
nés en 1854 et 1855 avec à leur côté
mon grand oncle Wladyslas et son épouse Aniéla ainsi
que l’époux décédé d’Alicja
(78 ans) que j’ai surnommée : la dernière mémoire
vivante.
Ce tombeau est situé dans un cimetière
entièrement boisé comme je n'en ai jamais vu en France,
dans un lieu intime et chaleureux où quelques rayons de soleil
parviennent à pénétrer parmi les feuillus donnant
le sentiment indescriptible de l'existence d'une réalité
qui vous transcende.
A cet endroit précis, près d'une
chapelle, le film de mes recherches généalogiques
me défila à l'esprit.
La communion avec la Pologne approchait le sublime
et j'avais toujours en tête la même pensée.
Est-ce possible ?
Suis- je vraiment sur Terre ?
Avec un peu de recul, des souvenirs me reviennent
doucement.
Je pense à ma famille, à mes proches
disparus et à tous ceux qui m'ont aidés, peu ou prou,
ou qui ont simplement exprimés leur sympathie à mon
égard.
La reprise de conscience se réalise lentement,
ce fut un moment lumineux et sublime et cet instant magique restera
gravé à jamais dans ma mémoire.
Un autre jour, visite de la propriété
que mes arrières-grands-parents ont achetée en 1902.
Mon grand-père avait 5 ans à cette
époque et c'est de là qu'il est parti pour la France
vers 1919 à l'âge de 22 ans.
Une pile de photos jaunies, expédiées
de France, a été retrouvée dans le grenier.
Celles que je n'ai jamais vues me sont offertes
dont une portant quelques phrases écrites par mon grand-père
en 1934.
Je demande à emporter un petit sac empli
de terre noire du jardin et quelques galets.
Cette demeure a bien été rachetée
par une descendante et les autres membres de la famille ne le savaient
pas, nouvelles retrouvailles pour eux.
Le lendemain, pèlerinage à 20 km,
au village de Mikolajewice situé au nord ouest de Pabianice,
où est né mon grand-père.
Quelques maisons, une petite église en bois
avec un intérieur raffiné et magnifique, le tout classé
« à visiter ».
La famille passait ses week-ends dans la campagne environnante sans
savoir que leurs racines étaient si prés.
Messe du matin, photos, promenade au cimetière.
Le lendemain, le curé nous accueille avec
ses registres.
L'acte de naissance (ou de baptême) de mon
grand-père est bien là avec mention, en marge, de
l'envoi en 1923 d'un certificat (pour son mariage) à destination
de la paroisse de Raismes via le diocèse de Cambrai.
Ma cousine retrouve, à sa grande surprise,
des traces des 2 autres frères dont son propre grand-père
mais aussi de notre arrière-grand-père commun, elle
est folle de joie et le curé nous propose d'aller faire des
photocopies à la ville voisine.
Le curé me montre un livre français
qui se trouve dans les archives de la paroisse et me propose de
le parcourir car il porte bonheur dit-il.
Est-ce mon grand-père qui l'a envoyé
en remerciements ?
Je ne le saurais jamais !
Sur le départ, Il m’offre un évangile
selon St Jean, une photo de l’église et une autre concernant
un tableau ornant le cœur de l’église et qui représente
le dernier repas du Christ.
Heureusement pour moi, ceci ne fut pas prémonitoire
mais allez savoir vraiment si depuis ce jour là, je suis
toujours le même, en l’esprit bien sûr.
Un autre jour, visite de la ville de Lodz, invitation
dans un des meilleurs restaurants de la ville, là, je demande
à payer la note, ils acceptent.
Un soir, je me souviens, mes cousines Jolanta et
Agnieszka m'emmènent boire un café, disent-elles,
pour nous détendre, c’est ce que j’ai cru comprendre.
Mais, quelle surprise !!!
Une vingtaine de personnes attendent mon arrivée,
en arc de cercle, à l'entrée d'un restaurant en dehors
de la ville.
Emotion garantie !
Installation sur une terrasse qui surplombe un
étang, toast au champagne polonais sur l’air bien connu
« sto lat, sto lat », photos de groupe pour la journaliste,
individuelles pour les autres membres de la famille.
C’est à cet endroit précis,
au milieu d’une partie de la famille réunie, que j’apprendrais
que mes arrières-grands-parents avaient 3 fils et 4 filles
que je cite dans l’ordre alphabétique: DOMICELA, FLORENTYNA,
FRANCISZEK, JAN BOLESLAW (1897), MARIANNA (1884), PELAGIA, WLADYSLAW
(1892).
Lendemain, visite au journal où je fais
la connaissance de Renata qui me pose quelques questions, via une
interprète, pour écrire son troisième article
à paraître.
Elle me présente aussi un cousin Andrzej
et son fils Maciek qui m’avait écrit en France, je
les reconnais de suite, elle nous prend en photo.
Rapidement, ils me « kidnappent » aux
yeux de mes cousines protectrices et marchandent pour me reconduire
en ville, en un lieu précis, dans 2 ou 3 heures.
C’est l’escapade, en route pour une
nouvelle aventure à 10 km du centre, dans une petite résidence
de week-end au bord de la forêt.
Il est 14 heures, je viens de déjeuner légèrement
mais je vais devoir assumer un autre repas polonais, vous savez,
celui du début de l’après-midi, le plus légèrement
« costaud ».
Heureusement, la vodka ne coulait pas, sinon c’était
moi qui aurait coulé.
Il est 17 heures, le portable sonne, on me réclame
en ville pour une garden party chez un autre cousin Marek Cymerman.
C’était prévu, j’assume
et je ne serais pas déçu.
La veille de mon départ, cela continue chez
une autre cousine Aleksandra accompagnée de son frère
Bogdan dont la mère Alicja (78 ans) est la cousine directe
de mon père.
Là, nous touchons au sacré, c’est
la dernière de la génération née au
début du siècle, elle est une mémoire vivante
tout comme mon père.
Elle m’offre une grande quantité de
nappes, broderies et napperons.
En fait, des cadeaux m’ont été
offerts partout où je suis allé même chez les
plus humbles.
Quant à l'émotion, n'en parlons
pas, elle fût à l’avenant.....
La fin du séjour fut difficile tellement
mon organisme souffrait d’avoir parcouru ce marathon, mais
le bonheur reprenait le dessus même si je savais très
bien ce qui m’attendait après.
A mon retour, j’ai eu la surprise de voir
que la journaliste attribuait, par erreur, à mon père
l’initiative des recherches dans le cadre du troisième
article de presse qu’elle a intitulé
« LE PLUS BEAU CADEAU DE LA VIE »
Mais qu’importe !
J’ai effectivement dit ceci et je le pense
encore et toujours car réellement, croyez moi, ce fut beau,
ce fut bien et ce fut bon même si désormais je ne serais
plus jamais comme avant, car je dois bien l’avouer, au début,
ce n’était qu’un rêve…..
Jean-Marc Cymerman ( Jan-Marek )
jeanmarc.cymerman@free.fr
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