La
guerre fut pour la Pologne un affreux cauchemar. Elle fut non
seulement le champ de bataille d'élection des belligérants, mais
elle vit ses fils servir dans tous les camps et s'entre-tuer,
sans que leurs convictions les y poussent ; elle vit son territoire
systématiquement dépouillé de ses richesses (produits alimentaires,
matières premières) et mis à sac par les différentes armées .
Le royaume du Congrès fut divisé en deux zones d'occupation ;
un général autrichien gouvernait à Lublin et un Allemand à Varsovie.
Le joug étranger devient vite très lourd, et en 1916, les deux
empereurs, estimant à huit cent mille les hommes en état de porter
les armes, crurent habile d'annoncer à grand bruit leur volonté
de transformer les territoires polonais arrachés à la Russie en
royaume héréditaire et indépendant et demandèrent, en conséquence,
aux jeunes de s'enrôler dans l'armée.
Cette manœuvre échoua, car Pilsudski refusa tout commandement
militaire et fut interné à Magdeburg ; les légions refusaient
de prêter serment aux empereurs, les bureaux de recrutement demeuraient
déserts… En revanche, à l'étranger, les partisans de la Pologne
libre marquaient des points.
Pour la première fois, le 24 janvier 1917, le président
Wilson, dans son message au Sénat, parla d'une Pologne unifiée,
indépendante, et autonome, et le nouveau gouvernement russe promit
à son tour un " Etat polonais indépendant " (29 mars 1917). La
déclaration russe ne convainquait guère les Polonais , qui mettaient
tous leurs espoirs dans les Occidentaux et formèrent à Paris un
Comité national qui fut reconnu par les Alliés.
Une petite armée polonaise se constitua en France sous les ordres
de Haller. Les Empires centraux, en demandant la paix, reconnaissaient
implicitement l'indépendance polonaise incluse dans les quatorze
points du président Wilson. La République fut proclamée à Varsovie
en novembre 1918 par le gouvernement provisoire formé de
démocrates et de socialistes, qui remit, en fait, la pouvoir à
Pilsudski, le grand héros national récemment libéré.
Si la nation était libre, elle était, socialement et politiquement,
très divisée et ses frontières restaient incertaines. Pilsudski,
courant au plus pressé, réorganisa l'armée et l'administration.
En janvier 1919, un cabinet d'union fut constitué sous
la présidence du célèbre compositeur Paderewski et une
diète constituante fut élue, où les socialistes étaient en minorité.
Une " Petite Constitution " était promulguée le 20 février
1919. Le chef de l'Etat était responsable devant la diète
et exerçait le pouvoir exécutif par l'intermédiaire des ministres.
La lutte pour assurer ses frontières
Le traité de Versailles rendait à la Pologne, à l'ouest, ses frontières
d'avant le premier partage de 1772 ; Danzig (Gdansk) devenait
ville libre. Les territoires en litige devaient être soumis à
un plébiscite et, en Silésie, les Allemands l'emportèrent. Le
territoire de Teschen (Cieszyn)fut finalement donné par les Alliés
à la Tchécoslovaquie. Au nord-est, les territoires libérés par
les Allemands étaient aussitôt réoccupés par l'armée rouge.
Aussi, Pilsudski lança ses troupes en Lituanie, et il occupa Wilno.
Mais le Conseil suprême inter-allié, inquiet des appétits de la
nouvelle république, fixa la nouvelle frontière sur le Bug, c'est-à-dire
le long de l'ancienne frontière du royaume du Congrès. De même,
malgré la victoire de l'armée Haller au sud-est, la Pologne se
vit refuser l'annexion de la Galicie orientale, qui lui fut confiée
pour vingt-cinq ans, comme " mandat " (un plébiscite devait être
organisé à la fin de ce dernier). Pilsudski refusa la décision
des Alliés et démissionna.
Le chef de la république de Galicie orientale, connaissant les
visées de Varsovie, préféra lui céder la moitié de la Volhynie,
en échange de son alliance contre la Russie. Pilsudski se lança
donc de nouveau contre l'Ukraine, mais, cette fois-ci, fut défait
par l'armée rouge qui arriva aux portes de Lwow, de Varsovie et
de Torun où elle fut arrêtée et battue, en partie grâce à une
manœuvre inspirée par le général français Weygand.
L'armistice de Riga, repoussa les frontières de 200km à l'est
du Bug. Wilno fut récupérée par un coup de mains. La diète de
la Lituanie centrale vota son annexion à la Pologne en janvier
1922. Les Alliés s'inclinèrent devant le fait accompli. La
Pologne ressuscitée comptait de fortes minorités nationales.
A suivre