La
dictature des colonels
La Constitution donnait au président le veto législatif,
le droit de dissolution, le choix d'un tiers des sénateurs.
Les ministres, hors ceux concernant l'économie, étaient
confiés à des officiers. A côté de
Moscicki, le général Rydz-Smigly, inspecteur général
de l'armée, devint le second personnage de l'Etat.
Tandis que s'enlisait la réforme agraire, la situation
extérieure se dégradait. Le colonel Beck, ministre
des Affaires étrangères, fit conclure des pactes
de non-agression avec l'Union soviétique en 1932, et avec
l'Allemagne hitlérienne en 1934. La Pologne profita de
Munich pour s'emparer du territoire de Teschen.
En mars 1939, devant les pressions nazies sur Gdansk (Danzig)
et une partie de la Poméranie polonaise, le gouvernement
polonais se tourne vers la Grande-Bretagne, avec laquelle il signe
un pacte d'assistance mutuelle. En mai de la même année,
un accord militaire est signé avec la France. Le 23 août
1939 est signé le pacte germano-soviétique. La situation
de la Pologne s'en trouve considérablement aggravée.
La Seconde Guerre mondiale et ses conséquences .
Le 1er septembre 1939, les armées de Hitler attaquent
le pays par surprise, sans déclaration de guerre, à
la fois au nord, à l'ouest et au sud. L'armée polonaise
est submergée. Le gouvernement et le commandement suprême
se réfugient en France. Le 17 septembre, l'armée
rouge occupe les territoires de l'Est, peuplés de Biélorusses
et l'Ukrainiens. Le 27 septembre, Varsovie tombe aux mains des
Allemands.
Les années de l'occupation hitlérienne (1939-1945)
constituent la partie la plus tragique de toute l'histoire polonaise.
Toutes les écoles secondaires et supérieures furent
fermées. La population juive, enfermée dans les
ghettos, fut presque entièrement anéantie entre
1942 et 1944. Des camps d'extermination furent installés
sur le territoire (Oswiecim, plus tristement connu sous le nom
allemand d'Auschwitz, Maïdanek, Treblinka). Deux millions
quatre cent mille personnes furent déportées en
Allemagne pour le travail obligatoire.
Deux courants de résistance se dessinèrent alors.
D'une part, l'armée de l'intérieur (A.K) subordonnée
au gouvernement de Londres (dirigé par le général
Sikorski et après, sa mort tragique en 1943 dans un accident
d'avion resté inexpliqué, par Stanislaw Mikolajczyk),
était dominée par sa méfiance envers l'Union
soviétique. D'autre part, le parti ouvrier polonais (P.P.R)
dirigeait, avec l'aide de Moscou, la garde populaire transformée
en 1944 en armée populaire (A.L). Le 1er janvier 1944,
le P.P.R. sous l'impulsion de Vladislav Gomulka, se transformait
en Conseil national du peuple (K.R.N.) qui élut Boleslaw
Bierut pour président.
Le 19 avril 1943 éclata le soulèvement héroïque
du ghetto de Varsovie, qui ne fut écrasé par les
Allemands qu'après quatre semaines de luttes acharnées.
En 1944, dès que la première armée polonaise
eut franchi le Bug, un Comité de libération nationale
se forma à Lublin (22 juillet) et définit ses buts
: libération totale du territoire , puis établissement
d'un régime socialiste avec pour premier objectif une réforme
agraire touchant toute les propriétés de plus de
50 ha.
Les deux chefs des gouvernements provisoires de Londres et de
Paris sont pressés par Staline de s'entendre ; mais cette
première conférence (1er - 10 août) est troublée
par l'épisode tragique et resté en partie inexpliqué
, du soulèvement de Varsovie.
La population de Varsovie, appelée à l'insurrection
par Moscou, qui rejeta par la suite la responsabilité sur
les émigrés polonais de Londres, se souleva et tint
tête aux troupes allemandes pendant soixante-trois jours.
L'armée rouge assista sans intervenir à l'écrasement
de la ville et à la mort ou à la déportation
de presque toute la population : 200 000 personnes au moins périrent.
A Yalta, le 11 février 1945, les Trois Grands fixent les
frontières polonaises, à l'est sur la ligne Curzon,
à l'ouest sur la ligne Oder-Neisse. Un gouvernement d'
"union nationale " est constitué. Le gouvernement
de Londres n'est plus reconnu.