Józef Teodor Konrad Korzeniowski, écrivain anglais d’origine polonaise, est né à Berdyczów (aujourd’hui en Ukraine) en 1857 dans une famille issue de la noblesse. Son père, lui-même écrivain, était un fervent militant pour l’indépendance de la Pologne, alors sous le joug des trois empires voisins. Cette activité de conspiration valut à toute la famille la déportation au fin fond de la Russie. La rudesse et les brimades de la vie en exil détériorent la santé de ses parents qui succomberont l’un après l’autre à la tuberculose laissant le petit Konradek seul.
C’est alors qu’un oncle, Tadeusz Bobrowski, se charge de l’éducation de l’enfant. Il s’acquittera de cette tâche, parfois difficile, en aimant et… admonestant le petit Conrad comme son propre fils. Ce dernier se soustrait à la discipline scolaire et déclare vouloir devenir marin. A l’âge de 17 ans, Conrad décide de faire face seul à son destin ; après un séjour à Lvov, puis à Cracovie et en Suisse, il embrasse la carrière de marin et s’enrôle sur un bateau de la marine marchande française à Marseille.
Le voilà engagé dans une aventure, à la fois romantique et hasardeuse, inspirée par une belle Basquaise Doña Rita, qui l’entraîne dans un trafic d’armes pour le compte des partisans espagnols de Don Carlos. C’est une période orageuse et difficile qui mènera Conrad, éprouvé par des ennuis de santé et d’argent à une tentative de suicide. Il s’en sortira grâce aux amis et au soutien moral et financier de son tuteur.
L’année 1878 marque une césure dans la vie de Conrad ; à 21ans, il rejoint la marine marchande britannique. C’est son premier contact, assez tardif, avec la langue anglaise qu’il maîtrisera rapidement et qui deviendra plus tard l’instrument docile de sa création littéraire. Il reprend alors les études et passe plusieurs examens pour devenir officier de la marine britannique. Après avoir enfin réussi à se libérer de ses obligations de « sujet russe » et au terme de nombreuses tentatives de naturalisation autrichienne et suisse, il reçoit enfin, en 1886, la nationalité anglaise.
C’est la période des grandes croisières sur tous les océans du globe. Il navigue vers l’Australie, l’Inde, le Siam, l’Archipel Malais, l’Afrique… En 1890, il effectue un mémorable voyage sur un bateau à vapeur au Congo ; ce périple sera pérennisé dans la nouvelle « Coeur des ténèbres », portée à son tour à l’écran par F.F. Coppola dans le film « Apocalypse Now ».
En 1895, paraît son premier roman « La Folie-Almayer », initiant le cycle de romans d’inspiration malaise. Il est plus apprécié par la critique et par ses compagnons de plume anglais que par les lecteurs… Il convient de mentionner qu’à partir de ce moment se nouent des amitiés littéraires que Conrad entretiendra tout au long de sa vie avec H.G. Wells, J. Galsworthy, H. James, F. Madox Ford, S. Crane... Grâce à leurs encouragements, Conrad, doutant encore de son talent, continuera à écrire. Arrivé à l’âge de presque 40 ans, Conrad met un terme à la carrière de marin pour se consacrer exclusivement à la littérature.
Il décide également de fonder une famille et épouse Jessie George, fille d’un commerçant londonien. Le couple s’installe d’abord à Londres, puis habite dans différents comtés du Sud de l’Angleterre. C’est alors que commence le second cycle de romans, celui dans lequel Conrad atteint la perfection, consacré à la mer. La thématique maritime, racontant l’exploration des vastes étendues des océans est un prétexte à celle de l’exploration des méandres de la psyché humaine, tourmentée par des dilemmes moraux et des passions dévorantes. Le troisième volet de sa création littéraire concerne la problématique terrestre ; s’y inscrivent des romans de la période congolaise, des romans traitant des sujets politiques, historiques et moraux.
Bien que la Pologne ne soit pas au coeur de sa création littéraire, on retrouvera chez Conrad l’empreinte profonde de l’amour de la patrie insufflé par son père, tout comme on y percevra l’influence incontestée de la littérature polonaise ; ses personnages solitaires, soumis aux épreuves de caractère dans des contextes de crise et de défaite, portent les traits des héros romantiques à l’instar du Konrad de Mickiewicz ou du Kordian de Slowacki…
La question polonaise le préoccupa cependant ; il lui consacra quelques essais publiés dans la presse, ainsi que des nouvelles. Il décida également de faire un voyage en Pologne avec toute sa famille et visita Cracovie, puis Zakopane. La guerre l’y surprit et le contraignit à retourner en Angleterre. De santé physique et psychique fragile, Conrad meurt en 1924 dans son domaine près de Canterbury, en terre étrangère devenue la sienne.
Kinga Joucaviel

Bibliographie

1895 – La Folie-Almayer
1896 – Un paria des îles
1897 – Le Nègre du « Narcisse »
1898 – Histoires inquiètes (Karain, Les idiots, Un avant-poste du progrès, Le retour, Le lagon)
1900 – Lord Jim
1901 – Les héritiers (en collaboration avec Ford Madox Hueffer)
1902 – Jeunesse et deux autres récits : Coeur des ténèbres, Au bout du rouleau
1903 – Typhon et autres récits : Falk, Amy Foster, Pour demain
1903 – L’aventure (en collaboration avec Ford Madox Hueffer)
1904 – Nostromo
1906 – Le miroir de la mer
1907 – L’agent secret
1908 – Six nouvelles (Gaspar Ruiz, L’indicateur, La Brute, Un Anarchiste, Le Duel, Il Conde)
1911 – Sous les yeux d’Occident
1912 – Souvenirs personnels
1912 – Entre terre et mer (Un sourire de la fortune, L’hôtel secret, Freya des Sept-Iles)
1913 – Fortune
1913 – One day more (pièce de théâtre, adaptée de To-morrow)
1915 – Une victoire
1915 – En marge des marées (Le planteur de Malata, L’associé, L’auberge des deux sorcières, A cause des dollars)
1917 – La ligne d’ombre
1919 – La flèche d’or
1920 – La rescousse
1921 – Notes sur la vie et sur la littérature
1923 – Le frère de la côte (Le corsaire)
1923 – The secret agent (pièce de théâtre adaptée du récit du même nom)
1924 – Laughing Anne (pièce de théâtre adaptée de « A cause des dollars »)
1924 – The nature of a crime (pièce de théâtre)
1925 – Derniers contes (L’âme d’un guerrier, Le Prince Roman, L’histoire, L’officier noir)
1925 – L’attente
1926 – Derniers essais
1928 – Les soeurs (inachevé)


Filmographie sélective

« Sous les yeux d’Occident » - M. Allégret, 1937, F
« Agent secret » - A. Hitchcock, 1937, GB
« Le banni des îles » - C. Reed, 1951, GB
« Lord Jim » - R. Brooks, 1963, USA
« La Ligne d'ombre » - G. Franju, 1973 (TV), VF
« La Folie-Almayer » - V Cottafavi, 1973 (TV), VF
« Smuga cienia » - A. Wajda, 1976 (story The Shadow Line), PL, GB
« Duellistes » - R. Scott, 1977, GB
« Apocalypse Now » - F. F Coppola, 1979, USA
« Au coeur des ténèbres » - N. Roeg, 1994, USA (TV)
« Victory » - M. Peploe, 1995, USA
« Agent secret » - M. Camus, VF, 1996, F
« Agent secret » - Ch. Hampton, 1997, USA
" Nostromo" – 1997, A. Reid, All, I, E, GB, USA (TV)
« Au coeur de la tourmente » - B. Kidron, 1998, GB
« Au bout du rouleau » - T. Binisti, 2002 (TV)
« Gabrielle » - P. Chéreau, 2005, (« Le retour »), D, VF
« Apocalypse Oz » - E. Telford, 2006, USA