L'hiver - Andrzej Stasiuk
Avis aux amateurs de petites perles, « L’Hiver »,
le dernier Stasiuk traduit et publié par Les
Editions Noir sur Blanc les comblera !
C’est en véritable orfèvre qu’Andrzej
Stasiuk tisse de très brèves nouvelles : à peine
80 petites pages pour cinq d’entre elles, mais quels détails
pour camper ses personnages et leur environnement en déliquescence,
quelle force descriptive pour évoquer les confins de la
Pologne (ou d’un monde, la Galicie qui lui est si chère),
quelle poésie pour scruter et dire un univers qui s’en
va et un nouveau qui vient, au moment précis où tous
les deux se télescopent, en ce point défini et perdu
d’Europe centrale, aux flancs d’une montagne, le mont
Magura, théâtre de tant d’événements
déjà ! Une montagne-personnage aussi importante
que les Pawel, Mietek ou Grzesiek, ou encore l’Hiver lorsque, « Par
une nuit silencieuse comme celle-ci, on entend vieillir le monde »,
tous héros et spectateurs de leur propre vie de cet opuscule à mettre
entre toutes les mains et dans toutes les poches.
Chacune de ces cinq miniatures est si dense qu’elle fait
défiler dans la tête du lecteur tout un film, un peu à la
mode de Kusturica : ainsi en est-il de celui qui se contente
d’approcher le luxe dans un magasin de meubles sans pouvoir
rien acquérir et qu’une petite Fiat d’occasion
soulagerait des essoufflements matinaux pour aller prendre son
autocar quotidien; ou de celui qui ne verra jamais la Silésie,
même si sa maisonnette s’effrite et rouille, mais qui
sait mieux que ces Messieurs de Vienne comment débusquer
le gibier dans « un monde qui se meurt » ;
ou de celui qui laisse trotter dans son esprit toutes sortes de
réflexions sur toutes ces choses devenues inutiles et qui
finissent au ruisseau : les tracteurs Ursus ou les moissonneuses-batteuses
Vistula, les pièces de vaisselle émaillées,
les roues, les harnais, les faux … Nostalgique ? Oui,
mais, surtout, vrai ! Et savoureux ! Un tout petit livre,
mais un condensé du grand art de Stasiuk
Pour mémoire, Andrzej Stasiuk a publié chez Noir
sur Blanc, « Journal de bord », essai , dans « Mon
Europe », 2004. Et en octobre dernier, au Salon du livre
de Cracovie, ses admirateurs lui ont fait fête : il
venait juste d’empocher le Prix Nike 2005 (sorte de Goncourt
polonais) pour « Jadac do Babadag », un ouvrage
dont on attend impatiemment la traduction française.
Quelques mots enfin sur Kamil Targosz, illustrateur de Stasiuk,
peut-être son parallèle en matière picturale :
né à Cracovie en 1969, il étudie à l’Académie
des Beaux-arts de cette ville, section gravure, il réalise
des affiches, des peintures murales, il expose dans de nombreux
pays, et obtient quelques prix sur la scène internationale.
Sonia Graf Stawarz
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