Un grand roman contemporain nourri aux tréfonds d’un destin inouï

Jakub enseigne la Philosophie à la Faculté de Droit de Gdańsk. Il est satisfait de sa situation professionnelle et convaincu d’avoir réussi sa vie privée. Lors d’un examen de fin d’année, une étudiante conteste la note qui lui a été attribuée, mais Jakub refuse de revenir sur sa décision. Peu de temps après cet incident, Jakub apprend qu’une étudiante de la Faculté de Droit s’est suicidée ; il se lance alors à sa recherche. Aurait-il sa mort de « sa candidate » sur la conscience ?

Dès lors, sa vie prend une tournure surprenante. Bien que sa culpabilité ne soit en rien fondée, son existence, jusqu’ici solide et placée sous le signe de la réussite, bascule soudain dans un véritable cauchemar. Jakub est préoccupé par le sentiment d’avoir détruit une vie ; il courra même à sa propre perte en adoptant une attitude autodestructrice dont il essaie de justifier les limites : il commence par voler dans un supermarché et le procédé qu’il met lui-même en place échappe à son contrôle. Quand cette « descente aux enfers » semble toucher à sa fin, Jakub est devenu un mendiant sans domicile fixe qui passe par tous les abîmes de l’humiliation. Échappant de justesse à la mort grâce à une femme, il connaît, pour un certain temps, une sorte de « renaissance »…

Un héros romanesque livré aux contradictions du monde d’aujourd’hui

Le roman de Stefan Chwin est un livre sur la fragilité du destin de l’homme, sur la souffrance, le doute et l’espoir, sur le désir de mort et la vitalité. Mais aussi un discours sur l’ambiguïté du langage moderne, qui réduit d’une part les destins des individus à une série de mots arbitrairement ordonnés, et qui leur permet pourtant d’échapper aux contraintes verbales de la vérité. Enfin, c’est un roman qui traite de la fragilité de l’âme et de sa rédemption : un mystère qui de tout temps a fasciné l’auteur et l’humanité.

Depuis de nombreuses années, Chwin observe la condition morale qui caractérise la société contemporaine, examinant les concepts du Bien et du Mal chez l’homme de notre temps. Les éléments majeurs, qui marquent la civilisation moderne, font que l’homme est tiraillé par deux sentiments contradictoires : la peur de rater la grande course contre la montre, la peur d’être exclu du « jeu », et le souhait simultané de ne plus en faire partie, le désir de pouvoir s’en moquer éperdument. L’histoire de Jakub repose justement sur la dualité de ces nécessités.

C’est avec brio que Chwin conduit le combat intérieur que mène son héros, mêlant le romanesque à une réalité politique, chargée d’ironie.

LE PÉLICAN D'OR

Stefan Chwin

Traduit du polonais par Frédérique Laurent

Editions Circé, septembre 2009, 312 pages.

ISBN : 978-2-84242-261-5