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Lustro i Bloto - Le miroir et la Glaise !!!

Dossier Czerwony orzel, matricule : 332548


Très bien, repartons. Plus très loin, à présent, de se recueillir. Plusieurs voix nous enjoignent, de là haut, d’obtempérer. Ainsi, les ailes de notre guide, à parure écarlate soudainement, se reposeront. Par lui, revenant des marches de la Poméranie, nous ne connaissons plus l’itinéraire, malgré notre entendement, notre clairvoyance, nous faisons donc s’abattre l’envol vers ce miroir, en contrebas
Czeslaw Milosz a pu écrire, visionnaire relégué, mué en franc-tireur alangui de ses jours d’Amérique, scrutant Norwid, son frère de Lituanie polonaise : « ….il a cette vision historique, englobant un tout, une poésie tragique à caractère universel qu’on ne rencontre que chez nous, polonais… ». Maciek Chelmicki* fut un Norwid de notre ère, fictif mais bien tangible sur ces terres. En mourrant, il fût, lui-même, ce symbole du grand drame. D’un héroïsme dérisoire, peuvent penser les très parcimonieux lettrés des salons, mais bien plus, de fait, d’un reflet gigantesque du jardin de nos airs, fut celui qui s’abat, traversé de métal, dans la boue.


Reprenons ; j’ai pu tout de même localiser cet épanchement des chœurs dans lequel nous entremêlons nos harmoniques propres et qui nous commande cette halte. Il s’agit de Wierzchucinek, au plastron de coudriers, contre roseaux et myosotis lacustres.


« Comment, toi, ma pensée, mon sens, frôles-tu cette banquise quiète, les eaux de cette moraine poméranienne d’où tu ne veux t’échapper ? Bydgoszcz et sa Wenecja enluminée puis Gniew, trésor des âges, pourquoi, encore, ce petit lac ? »


Et toi, polonais de la création, soldat vaincu par l’autre, t’effondres-tu dans cette vase ?


Wierzchucinek possède deux capitales : celle des champs de froment et des fourrages à chevaux, ceux de Kujavie, fameux, dextres et puis, concomitante, telle l’humeur et le sourire, sa triple étendue aquifère, à deux couloirs, d’ondes de limon pur, immobiles, le lac de Wierzchucinek. A moins que nous nous trompions à propos de l’état de l’art de la discipline progressiste et diabolique « Anéantissement moderne de nos ressources de vie », qui s’actualise si précipitamment, ce qui tout de même est réconfortant aussi, encore, en plus, en Pologne, est que les polonais semblent savoir conserver leurs forêts. Sauf méprise, donc, ils vivront autant que leurs arbres régneront et posséderont cette science des eaux sylvestres qui s’arriment à leur monde si fréquemment, surtout dans cette longue plaine septentrionale contre-baltique.


Vous y entendez, bien souvent, les rires fracassants des noblesses de nos existences : nos enfants. Ceux là mêmes pour qui il faudrait savoir, affronter, s’esclaffer aussi. Il y en a, tout autour, de ces dzialki, ces jardins, ouvriers ou bien opulents selon les localisations ; ornées de maisonnettes plus ou moins massives ou équipées, mais souvent érigées de la main et des années de leurs occupants. La dzialka est un art de vivre, dirait un journaliste francophone, bien trop complexe à expliciter, faudrait-il y consacrer un ouvrage en plusieurs tomes, rédigé par un polonais exclusivement ou bien plutôt une polonaise, car ce sont elles qui en animent les entrailles fécondes bien plus que le mari qui n’y greffe que les œuvres de sa sueur, chères également, mais d’un autre ordre. Mais il est tout de même facile d’en ressentir la dense félicité, que celle-ci soit minuscule, à potager et de planches récupérées ou bien faste, à panorama et triple étagée.

La dzialka est le lieu où, enfin, toujours, la Pologne se réunit.

Les femmes et hommes qui y viennent, parmi eux, il y ceux qui ont été perdants. Vaincus dans leur justice, leur paix, leur transcendance vers l’idéal. Ils en voient la surface de l’eau, sa fleur, mais demeurent relégués au bord, sur la glaise qui l’effleure. Se peut-il que nous ayons vaincu par nos âges modernes, nos différences ? Se peut-il que la Pologne, cette idée immense de dignité, petit globe où l’universel transperce, soit enfin une ? Ceux qui nous ont divisé ne nous détruiront plus, ou bien est-ce l’Histoire qui l’a fait ? Mais l’Histoire n’a peut être pas une fin proche, dans ce cas, notre siècle verra aussi la discorde et l’aliénation qui s’y révèle ? Polonais, finirez-vous ?


Maciek Chelmnicki avait tord, vraisemblablement s’est-il dévoyé. Oui, nous sommes passé au dessus des régimes et partages, nous avons, par notre patient sacrifice épuisé les sanguinaires.


Maciek Chelmnicki avait trente trois fois raison. Wallenrod de fiction, immolé à la liberté essentielle, celle qui fait et qui dévore. Sur le cadavre, brave et candide, de l’A.K. s’est précipitée l’hydre rouge, après le crime de la barbarie brune, le légiste vandale a outragé le mausolée. Nous aspirons, nous polonais à ce repos millénaire de la paix. Mais à présent, le chaos regagne nos surfaces, encore. Alors pourquoi ne peux-tu rejoindre, polonais, ton emblème ailée, qui se reflète des cieux jusques sur l'onde bien pure de tes lacs limoneux ? Pourquoi demeures-tu dans cette terre, cours dans l’eau, glisse sur la glace sinueuse de Wierzchucinek.
Si tu considères, à raison vu du sang des aïeux, à tort si porté par les nerfs du dément modernisme, que la forêt est ton berceau, que ce qui fût construit puis élevé, d’acerbe volonté, de rage, jusqu’aux grandes tours électrostatiques de nos incarcérations urbaines ne compte pas du tout, n’est rien lorsque le cœur s’approche de ta lumière enfouie, alors tu verras la Pologne et son miroir, son lac. Ce n’est pas une dérision, l’est notre monde laborieux et servile, ne l’est pas la mise à mort de Maciek.


Réfugies-toi là où est ton salut, dans la fondrière qui est sans âge,

Dors-y entouré des aimés.


Nous avons vu Wierzchucinek et nous penserons à toi, Maciek, l’imaginaire Polonais.

Dans la glaise gisent ces diamants, braseros vivaces des polonais réunis.



Prochain épisode ; Rends-toi, lecteur !


*Protagoniste héroïque principal du chef d’oeuvre cinématographique d’A.Wajda, d’après un scénarion de J.Andrzejewski « Popiol i diament » (« cendre et diamant »).

Blanc et Rouge par Pan Bruno (les Archives)





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