1ér épisode :
„ Un C.V. bien pensé” (albo „pozostaly informacje”)
(« Swietnie obmyslony zycziorys » ou bien « les informations complémentaires »).

La Pologne, la Pologne, la Pologne, encore ce (joli) coin de la planète...Je suis un des préposés, assez invisible ainsi vous ne me verrez jamais, aux « faits de l’esprit ».Ne prenez pas peur, nous nous occupons de choses simples, malgré cet intitulé pompeux. Et c’est encore la Pologne qui est le théâtre de mon dossier courant. Enfin, dans nos activités, il n’y a pas de frontières ni d’époques qui tiennent, d’ailleurs, mais comme il faut se bien faire comprendre, je dirais que cette strefa, pardon, cette zone du globe revient très, très fréquemment dans l’instruction de nos dossiers. Bon, le propos n’est pas de vous expliquer qui je suis, ni ce que je fais, ou plutôt, ce que nous faisons, encore que le verbe « faire » ne soit pas approprié, comme disent les médias dominants de la minuscule époque actuelle de vos existences, à décrire vraiment notre oeuvre. Disons qu nous enregistrons les belles envolées des esprits dans le monde caché qui vous entoure pour ainsi dire, le corps et l’âme et puis, lorsque cela s’avère évident, nous les aidons à prendre forme. Pas de philosophie avec nous, car tout le monde s’y retrouve : les nihilistes et les matérialistes, même à leurs extrêmes sont bien forcés de nous tolérer, ce sont mêmes nos amis, car, eux aussi, ils aiment leurs épouses et leurs enfants, vous me suivez ?

Dossier « niebieski Orzel » matricule 332548 Phase première : exposé du problème.

Alors, il y a quelqu’un en bas qui a pour projet de « refaire son C.V. » ou plutôt, de le mettre à jour. Nous, ce machin-truc, le C.V., cela nous fait exploser de rire, ce C.V. qui est tellement pris au sérieux par nombre de gens qui, enfin, j’allais dire, qui se la pétent, ce n’est pas correct, ceux qui se la pétent, ce sont ceux qui prennent le C.V. au sérieux pour ce qu ‘il est, le système du C.V., sa beauté intrinsèque, ses règles, son système de valeurs, sa praticité, quelles co....ies ! (Nous employons des termes vulgaires à l’occasion, même nous, mais seulement pour plus de clarté et exclusivement par des termes que vous avez vous mêmes inventés, en bas).Les autres, ils savent que ces bouts de papier qu’on met tant de soins à rédiger, ne valent rien, c’est juste un collection de faits mineurs relatifs au monde du gagnage d’argent et accessoirement à celui de la frime gentillette. Bien sûr, il y a ceux qui aiment leurs métiers et qui croient au travail, il faut leur tirer le chapeau et s‘incliner bien bas, mais justement pour ceux là, un C.V. cela veut encore moins dire de choses, n’est-ce-pas ? Enfin, fin de la parenthèse, je m’égare, considérer que ce torchon policé aux microprocesseurs californo-asiates peut représenter quoi que ce soit d’important dans la vie de quelqu’un, franchement, tout le choeur se fend la poire bruyamment. Ce qui est dramatique c’est que le C.V. s’appelle comme cela, c’est plus visible encore en polono-silésien (je me suis laissé dire que le polonais doit beaucoup au dialecte de cette région, c’est pour cela que j’accole...) : zyciorys, traduction approximative : document de la vie. Alors là, il y a conflit avec nous, encore plus pour les polonais de sang et d’esprit : si le nombre d’heure passées sur les bancs d’une école de « managment intenational » ou dans les bureaux d’Enron (au hasard) représente un concentré de sa vie, je me met en colère. Polonaises, Polonais, exigez le changement de nom, dokument zawodowy ou bien strona zawierajac rózne informacje me semblent, certes plus abscons mais aussi plus justes...


Je reviens au problème : cette personne, de nationalité française (aurait pu être belge ou suisse ou africaine francophone ou québécoise, enfin, peu importe) a bien pensé, pesé et triomphalement rédigé son C.V. à 95% des choses utilitaires nécessaires à l’information des recruteurs ou entreprises recrutrices (recrutantes, peut être ?), mais le voilà se heurtant à la dernière rubrique, celle du bas de page, la fatidique : « Divers » ou « informations complémentaires » ou « pozostaly informacje ». Et là, j’interviens donc, car les choses de l’esprit (hop, hop, du calme, c’est générique, c’est mille choses, parmi elles, l’amour et la peur, le réconfort et le devoir, l’exalté et le savant), qui sont le sel (et même le plat principal plus le dessert pour les français, cale obiad dla Polaków) de l’existence ne peuvent pas se résumer en trois lignes...Elle a bien songé à « j’aime la Pologne et ses habitants » ou « Bien qu’étranger, ce pays m’a conquis » ou encore « Polska forever » (cela aurait fait bien dans une C.V. à vocation internationale, donc, anglo-saxonne, non ?), mais c’est trop....euh, oui, on peut le dire, c’est trop c...n, écrit ainsi...Elle souffre vraiment car elle voudrait vraiment faire transparaître cela, cet amour désintéressé pour ce pays et ses habitants, dans son C.V. ,bien pensé et il ne reste plus beaucoup de temps avant la fin de la période des transferts, il y a urgence...Il faut aider cette personne et pour ce, je vous fait copie de certains documents de sa main (Pod piórem ? nie...) ou plutôt de son cerveau, enfin, de ce qui est alentour. Je n’ai pas changé un seul mot, euh, une seule pensée vaguement poétique.


Prochain épisode : « Les blocs de Wenecja »