Très vite, malgré le succès écrasant
du bloc gouvernemental (partis ouvrier, socialiste, démocrate
et paysan), deux tendances vont s'affronter : celle du chef de
l'Etat, Bierut, et de ses compagnons, adeptes du modèle
autoritaire appliqué par Moscou ; celle de Gomulka,
favorable à la recherche d'une voie autonome vers le socialisme
et qui, soupçonné de titisme sera poursuivi.
Dès 1946, les entreprises industrielles sont nationalisées.
Après l'accord commercial avec l'U.R.S.S . et l'adoption
d'un plan de six ans, les méthodes staliniennes sont appliquées
: primauté à l'industrie lourde, stakhanovisme,
contrôle étroit de la vie des citoyens, purges et
emprisonnements. En 1948, le secrétariat du parti
ouvrier, lequel s'est grossi du parti socialiste est confié
à Bierut, qui cumule ainsi ces fonctions avec celles de
président de la République.
L'Eglise catholique, si puissante en Pologne, est persécutée.
Mais un modus vivendi est adopté en 1950, car la
population dans son ensemble reste fidèle à sa religion.
La Pologne s'intègre étroitement au bloc communiste
en adhérant au Comecom , le 25 janvier 1949, et
au pacte de Varsovie, le 14 mai 1955.
La détente qui suit la mort de Staline fait naître
l'espoir d'une libéralisation : Gomulka est réhabilité
; la diète reprend ses débats. Le vent de liberté
qui agite le pays se traduit par une émeute des ouvriers
de Poznan le 28 juin 1956. Le 15 août un million
de personnes se rassemblent autour du sanctuaire catholique de
Czestochowa. Tandis que les divisions soviétiques sont
en état d'alerte et que l'armée nationale refuse
obéissance à Rokosowski, Khrouchtchev se rend à
Varsovie. C'est l'ultimatum. Gomulka sauve avec l'habileté
une situation explosive ; il épargne à son pays
le sort de la Hongrie en révolte. Dès lors, la position
intérieure et extérieure du pays ne cesse de se
consolider ; durant les années 1956-1959 les salaires
réels augmentent de 29%. La Pologne est de nouveau élue
, en 1959 au Conseil de sécurité de l'O.N.U.
Forte d'une expérience particulièrement malheureuse,
la Pologne actuelle s'attache avant tout à prévenir
ce qu'elle appelle l'esprit de revanche de l'Allemagne et s'appuyant
sur l'Union Soviétique encourage la consolidation du "
triangle de fer " Pologne - Allemagne Démocratique
- Tchécoslovaquie. Au moment de la libéralisation
pragoise, elle n'a pas hésité, de ce fait, à
joindre ses forces à celles du pacte de Varsovie pour envahir
un pays qu'elle considère comme une position stratégique
du " bloc " dont elle fait partie.