Voilà.
Nous recevrons bientôt nos photos. Notre premier voyage
en Pologne (mais pas le dernier), celui dont nous parlions depuis
un an, qui nous faisait rêver, espérer... c’est
fait. Nous sommes revenus, précédent d’ailleurs
les cartes postales envoyées à nos proches.
Voici d’abord Liège, Aix-la-Chapelle (Aachen), Dortmund,
puis Hanovre, Berlin et la frontière à Francfort-sur-Oder
où nous patientons une petite heure avant de passer, encouragés
par le sourire du douanier polonais confronté à
mes premiers mots en polonais. Nous sommes sur la route de Warszawa,
jusqu’à Kolo que nous quitterons pour Wloclawek où
on nous attend.
Premières
surprises : la densité de la circulation composée,
comme en Allemagne, de beaucoup de poids lourds, et surtout l’état
de la route ! En effet, de véritables rails à l’envers
sont creusés dans le goudron sur la partie droite de la
chaussée, de plus il nous faut acquérir de nouveaux
réflexes de conduite, nous déporter à droite
quand on nous double, comprendre que la deux voies devient une
trois voies à tout moment et ne pas craindre de doubler
à notre tour... Très étrange, voire dangereux,
surtout que nous essuyons de véritables averses.
Plus tard, lors de notre séjour, nous comprendrons que
la signalisation routière s’avère parfois
incomplète, tout au moins sur Katowice, ce qui nous fera
perdre notre direction à plusieurs reprises, et que la
conduite nocturne est plus que dangereuse pour nous autres habitués
que nous sommes à des éclairages plus importants
de la chaussée. Quant au fair-play des conducteurs, c’est
discutable : deux jeunes hommes polonais, agacés par notre
conduite sur l’autoroute de Krakow à hauteur de certains
travaux, nous doublent rageusement, puis s’arrêtent
devant nous en plein milieu de la chaussée heureusement
quasi déserte à ce moment-là, nous forçant
à stopper et descendent assez manaçants. Manifestement
ils n’ont pas vu notre plaque d’immatriculation étrangère
et se sentent un peu stupides à entendre nos quelques mots
maladroits en polonais, ils repartent, sans aucune excuse. Nous
sommes un peu secoués et j’avoue que tous les Polonais
ne sont pas aussi gentils qu’on nous l’affirme...
Autre surprise le long de cette route pour Warszawa, révélatrice
d’une certaine misère : les nombreuses prostituées,
en forêt, qui invitent les conducteurs à s’arrêter.
J’avoue que cela nous fait pitié et que les vendeurs
de myrtilles, framboises et autres produits locaux sur la route
de Wroclaw, par exemple, plus au sud, nous sont infiniment plus
sympathiques. Très rapidement d’ailleurs nous comprenons
que deux mondes se côtoient : les riches et les très
pauvres, comme ceux qui, à la nuit tombée, font
les poubelles à la recherche de nourriture, au pied des
immeubles de la cité où nous ont accueillis les
enfants de T. à Gliwice. Dans plusieurs villages que nous
traverserons, nous constaterons que les maisons sont bien délabrées
alors que seules les église, elles, présentent des
bâtiments en parfait état : nous trouvons cela assez
choquant.
Lors de de ce premier jour en Pologne, nous nous écartons
de l’axe principal pour avaler notre sandwich ; une vieille
dame s’approche de nous de façon curieuse. Elle a
l’air misérable, un peu simplette d’esprit
peut-être, elle sent très mauvais. Nous ne savons
trop quelle contenance adopter derrière nos sourires polis.
Je lui tends deux gâteaux qu’elle saisit sans un mot
en s’enfuyant. Nous avons l’impression de basculer
dans un monde digne d’un autre continent, et cela à
deux pas de la grande route le long de laquelle s’échelonnent
de nombreux hôtels récents et les night clubs...
Il y a bien deux mondes qui se côtoient en Pologne. Mais
peut-être sommes-nous très naïfs ?
Durant
ce séjour en Pologne, nous avons eu l’énorme
chance de vivre au quotidien, très proches de notre amie
(qui parle fort bien français) et ses enfants, essentiellement
en Silésie. Ainsi nous avons pu mesurer combien le rythme
journalier est différent de ce que nous connaissons. Bien
que très ouverts à toute nouveauté, nous
ne nous habituerons pas au petit-déjeuner polonais qui
consiste à prendre seul un café noir au lever et
une collation, plus tard, vers dix heures, faite de tartines et
charcuteries diverses. Nous pour qui le café-tartines est
le premier acte de la journée, nous ne pouvons pas. De
ce fait, vers midi, notre estomac réclame alors que nos
hôtes ne déjeunent qu’à quinze, seize
voire dix-sept heures. Manger le bigos, si délicieux soit-il,
à dix-sept-heures, non, nous ne pouvons pas non plus. Mais
les tartines du soir, quelques heures plus tard, nous conviennent
bien... Chacun s’adapte donc, dans la bonne humeur et cela
fait l’objet de plaisanteries diverses, on nous reproche
de ne pas assez manger et conseille de nous préparer pour
la Noël et ses treize plats !
Le quartier où C. et B. demeurent, en banlieue de Gliwice,
est vraiment une entité à part, constitué
d’un ensemble d’immeubles d’une dizaine d’étages,
sévèrement alignés, aux murs tagués.
Il n’y a pas de volets aux fenêtres et nous nous réveillons
de bonne heure chaque matin. A l’intérieur, les appartements
s’alignent le long de couloirs sombres. L’ascenseur
semble fatigué. Mais qu’importe. Les intérieurs
sont chaleureux et nos hôtes si heureux de recevoir des
Français, qu’ils en oublient leurs soucis ! C. et
moi sommes presque soeurs, à un an près. Dommage
que nous ne puissions parler davantage sans interprète,
nous aurions sûrement beaucoup à nous dire. Il y
a, au bas des immeubles, des boutiques, des petits commerces,
ouverts toute la journée, un marché quotidien où
abondent fruits et légumes frais. Ces petits commerçants
sauront-ils survivre à l’influence des grandes surfaces
toutes proches dont les enseignes affichent Carrefour, Auchan,
Real, Tesco... Pour l’instant, oui, car les habitants du
quartier ne sont pas assez riches pour remplir leurs caddies à
l’occidentale, n’est-ce pas. D’ailleurs il est
vrai que ces immenses magasins remplis de vêtements, victuailles,
nous semblent bien déserts : mais qui donc achète
tous ces vêtements, toutes ces chaussures ?
Beaucoup de prix sont pour nous assez attractifs. Bien sûr,
les Polonais gagnent quatre fois moins que nous et les prix de
leurs denrées sont pour l’instant moins élevés
que les nôtres. La situation économique du pays n’est
pas simple. Ainsi certains liquident leur affaire. Où trouver
du travail ? L’entraide familiale n’est pas un vain
mot. D. est étudiante. Elle pense partir en Angleterre
ou ailleurs, comme d’autres, ingénieurs, sur le point
de quitter la Pologne pour au moins deux ans. Au cours de nos
conversations, c’est un sujet rémanent : du travail
pour les Polonais ! Alors ils rêvent d’un Occident
meilleur que leur pays où la vie semble si facile, que
ce soit en Europe ou en Amérique. Mais c’est oublier
les drames qu’engendre le libéralisme sauvage...
Naturellement
nous parlons beaucoup de l’enseignement et je découvre
qu’en Pologne on peut vraiment parler de deux vitesses.
Les familles doivent payer les manuels scolaires dès le
collège. Comme les examens semblent très ambitieux,
c’est la course aux cours privés que les enseignants
dispensent volontiers car leur salaire n’est pas élevé.
Nous sommes reçus comme des princes. Bien sûr nous
faisons un peu de tourisme. Nous visitons la fameuse mine de sel
de Wieliczka : imposant. Question mise en valeur du site souterrain,
nous devrions prendre exemple car toutes ces structures en bois
sont autrement plus jolies que le béton de nos grottes
aménagées ! A Zakopane, il pleuvait tellement que
nous n’avons pas su profiter du site ni réaliser
de photos des superbes chalets. Il faudra revenir. Mais nous avons
apprécié les objets artisanaux de toutes sortes.
Nous découvrons le restauracja chlopskie jadlo : décor
exotique, mets traditionnels à goûter, or nous suivons
les conseils de nos guides autochtones et enfin je savoure les
pierogis. Le tout pour un prix très abordable, à
signaler au guide du routard qui ne l’indique pas ? Il s’agit
sans doute d’une chaîne de restaurants car une réplique
exacte se trouve à Krakow.
Krakow où nous nous rendons aussi : les photos des livres
et des reportages télévisés m’avaient
laissé imaginer la place centrale plus imposante. Nous
n’entendons pas hélas le hejnal. Nous nous rendons
dans le quartier juif de Kasimierz. Le musée ethnographique
est à visiter, malgré le regard suspicieux des gardes
omniprésentes. La taille et l’originalité
des ruches nous impressionnent, les costumes traditionnels réjouissent
le regard, les maquettes et reconstitutions des intérieurs
d’autrefois nous charment. A l’extérieur, on
ne peut oublier le lourd passé de ce ghetto, le cinéaste
Spielberg y a d’ailleurs tourné de nombreuses scènes
de sa Liste de Schindler. Le Wawel, incontournable bien sûr.
La grotte du dragon : un attrape-touriste pour trois zlotys. Mais
notre visite reste superficielle, il faudra y revenir avec des
objectifs plus précis.
Voir Oswiecim était
en revanche un des objectifs que je m’étais fixé.
Nous le visitons seuls, sans nos hôtes, en individuels,
un guide papier en français est fourni et je traduis à
peu près les panneaux en anglais. Nous y passons trois
heures et c’est insuffisant : il faudra revenir et compléter.
Le baraquement polonais retient toute notre attention car je cherche
mon patronyme sur les listes des victimes : malheureusement un
visiteur très indélicat et irrespectueux a précisément
subtilisé la page des P.O.R... qui m’intéresse.
C’est d’un stupide ! Un de mes correspondants français
m’avait dit avoir trouvé quatre fois le nom Porebski
et je ne pourrai pas le vérifier. En revanche, au gré
des panneaux d’exposition, je découvre trois fois
ce nom associé à des résistants... De retour
chez nos hôtes, une longue discussion s’engage. On
est curieux de savoir ce que les jeunes Français et autres
connaissent de ce camp, si c’est au programme scolaire (oui,
contrairement semble-t-il aux programmes anglais). Si la charge
émotionnelle à l’issue de cette visite est
pour nous moins forte que les guides le font remarquer (car nombre
de reportages et documentaires nous ont largement informés,
nombre d’ouvrages aussi, celui de Primo Lévi “Si
c’est un homme” entre autres), il n’en reste
pas moins que nous sortons de là la rage au ventre : comment,
premièrement, des humains ont-ils été capables
de programmer aussi froidement et rationnellement une extermination
de cette ampleur et surtout, deuxièmement, comment les
humains sont-ils capables, à la minute même, de reproduire
des exactions aussi atroces et comparables, en Irak, en Tchétchénie...
Capables et coupables sont les hommes de partout et c’est
insupportable ! Nous aussi savons, puisque des journalistes, au
péril de leur vie, témoignent chaque jour... or
que faisons-nous ? Sommes-nous si mauvais ? Et le Dieu des Chrétiens
comme des autres, comment ne pas songer qu’Il a abandonné
et continue à oublier ses Créatures ? Une grande
colère nous habite. Pourtant ses ouailles polonaises de
tous âges Lui vouent un culte sans égal : ce dimanche-là
nous constatons que les files de paroissiens s’allongent
devant les portails des églises, à toute heure du
jour.
Mais
le plus important de ce séjour n’était-il
pas pour moi d’aller à la recherche de mes ancêtres
à Drwinia-Dziewin-Wyzyce ? ( lire:
Avant ... la Pologne ) De vérifier si possible si les
quatre branches que je connais sont en famille ou pas ? Nous programmons
donc une excursion sur place. Après quelques heures de
route toujours aussi fatiguantes, nous arrivons à Drwinia.
Je suis déjà émue.L’un de nos interprètes
s’adresse au premier passant en bicyclette et ce vieux monsieur,
très aimable, nous conduit chez un voisin. Présentations
succinctes. Nos interlocuteurs, trois messieurs très âgés
affirment : “Des Porebski, par ici, il y en a beaucoup.
Bien sûr, ils sont tous cousins mais ça remonte très
loin. Au début c’était une seule famille et
puis les enfants se sont mariés, sont partis... mais ils
sont tous de la même famille...” nous assurent-ils.
Deux jeunes se sont approchés. Alors nous nous esclaffons
: “Donc nous sommes cousins !” Fort bien. Mais je
ne trouverai pas de preuve officielle indiscutable. Quant au constructeur
de chalets, oui, il a existé et un des descendants est
maintenant couvreur. Les noms des épouses de nos grands-parents
ou arrière-grands-parents des différentes branches
n’évoquent plus grand chose à nos interlocuteurs,
mais ce sont des noms locaux. Tout ceci est si loin ! La photo
d’Adam non plus, il faut dire que cela a plus de soixante-dix
ans ! En fait nous arrivons vingt à trente ans trop tard
: les mémoires se sont éteintes avec le départ
des plus âgés. Et pourtant des Porebski il y en a
partout, des vivants et des morts plein les cimetières
dans lesquels je photographie les tombes, à la recherche
aussi des noms des épouses. J’apprends que certaines
tombes sont muettes car les noms étaient placés
à l’intérieur ! Dans chaque cimetière
visité il y a toujours plusieurs personnes qui s’affairent
à arranger leurs tombes, on enquête auprès
d’elles et c’est toujours la même réponse
: “Des Porebski, il y en a partout mais les enfants sont
partis...” On nous conseille d’aller voir le prêtre
au chef-lieu de la paroisse. L’église, son parking,
le presbytère nous paraissent si grands pour un si petit
village ! On s’adresse au prêtre en y mettant les
formes. Alors la confiance est établie et l’homme
âgé, sympathique, nous accueille très sereinement.
Il est fier de ses archives vieilles de plusieurs siècles,
nous expliquent qu’elles sont dorénavant sur microfilms
à l’évéché à Krakow.
Il ne se souvient pas des gens que nous citons mais nous retrouve
les actes de baptême de mon Adam et d’un ancêtre
de mes amis. Ainsi nous découvrons le nom de nos arrière-grands-parents
mais hélas sans indication de lieu ni dates de naissance
et nous ne pouvons aller plus loin. Les liens, s’ils existent,
sont plus anciens. Le prêtre nous invite à venir
le temps qu’il faut feuilleter ses registres, nous laisse
son numéro de téléphone. Certes il faudra
revenir ici ou à Krakow. Nous n’avons pas pris le
temps d’aller à l’état civil car de
l’avis de tous, c’était peu utile, l’essentiel
étant dans les paroisses. Mais j’en doute car aucune
date ne figure sur les actes de baptême concernant les parents
des nouveau-nés.
Nous ne
pouvons pas décemment demander plus à nos hôtes
et je sais que ce sont des journées entières qu’il
me faudrait à consulter ces archives à la recherche
de frères et soeurs, de parents ; d’autre part il
me faudrait interroger les descendants actuels longuement et pour
cela maîtriser la langue et loger sur place. Mon compagnon
et moi sommes prêts à le faire dans les années
à venir, de façon autonome et d’ores et déjà
nous repérons la bourgade la plus proche où trouver
à se loger. Nous repartons mais j’aurais envie de
m’attarder là, de me promener dans les prairies et
les bois qui ont vu évoluer mes ancêtres ; les grillons
et les alouettes haut perchées dans le ciel ont le même
accent que ceux qui ont bercé mon enfance rurale. Je dis
que c’est beau et René me taquine : “C’est
ton coeur qui parle, en temps ordinaire tu n’aimes pas trop
les paysages plats.” Moi j’ai dans l’esprit
l’image de cette prairie proche de Dziewin et je veux y
retourner !
Le soir venu, après cette excursion, et plusieurs soirs
suivants, nous reparlons longuement de tout cela mais il y a tant
d’inconnues sur Adam et les autres. Pourquoi, quand a-t-il
émigré ? Etait-il seul ? Une question intrigue :
ces émigrés arrivaient en France pour raison économique,
ils n’étaient pas riches. Or pourquoi mon Adam possédait-il
sa photo d’identité (quelque chose de rare, donc
preuve de richesse m’avait confié Edouard Szelong),
cette chaîne de montre en or et cette moto qu’il chevauche
sur la seconde photo que je possède de lui ? Moto polonaise
ou française : qui saurait me dire ? Pourquoi, s’il
était riche, se retrouver simple garçon laitier
(je possède son certificat de travail de 1930 à
1934). Moi j’imagine que peut-être il s’est
enfui suite à une querelle familiale et qu’il n’a
pas pu trouver d’autre emploi en France. Mais ce ne sont
que questions et hypothèses. “Pourquoi Adam es-tu
mort trop tôt ?” me suis-je exclamée ce soir-là.
On m’affirme que nous avons eu de la chance d’avoir
affaire à un prêtre âgé tout à
fait convivial car son jeune collège aurait exigé
nos papiers d’identité justifiant notre recherche.
Aujourd’hui nos paroles seules ont suffi et sa bonne volonté.
Qu’en sera-t-il quand nous reviendrons ?
Le handicap, c’est la langue et je suis frustrée
de ne pas savoir parler, en colère contre moi de n’avoir
pas appris davantage. Il est vrai que, comme je le pensais, le
peu que j’ai acquis me permet de saisir quelques mots, de
lire les panneaux mais c’est bien insuffisant. J’ai
pourtant voulu trop bien faire en mêlant plusieurs méthodes
sous prétexte d’acquérir dès le début
les bases grammaticales et je me suis perdue. Dès notre
retour je reprends la méthode Assimil pour tenter au moins
de parler à peu près au quotidien. Et tant pis pour
la grammaire, ce sera pour une autre étape ! Je veux revenir
à Dziewin sur les pas d’Adam !
Nous savions bien que ce premier voyage ne serait qu’un
aperçu des conditions dans lesquelles nous pourrions vivre,
voyager, visiter. Un prochain séjour, mieux organisé,
devrait s’avérer plus “rentable”. A condition
de maîtriser la langue. Nos amis polonais se sont pris au
jeu : eux aussi veulent revenir, trouver des liens. Prochainement
je leur adresserai les éléments utiles mais auront-ils
le temps de s’y consacrer ?
Notre premier séjour aura été bien court,
nos visites superficielles mais nous sommes fatigués et
nous ne voulons pas abuser de l’hospitalité de notre
famille d’accueil qui a bien des soucis quotidiens à
gérer. Ils ont déjà tant fait pour nous !
Nous en avons assez des kilomètres (il nous en reste mille
trois cents à parcourir pour le retour), pourtant il y
avait tant à faire encore ! Nous quittons Gliwice au moment
où le beau temps revient sur la Pologne. Cette fois-ci
les douaniers de Olszyna, même s’ils ne vérifient
absolument pas le contenu de notre véhicule, n’ont
pas du tout le sourire. Serait-on plus sévère au
sud ouest de la Pologne ?
Passée la
frontière belge à Givet le lendemain, au premier
poste à essence, il nous paraît étrange et
comique de ne plus avoir à chercher nos mots en polonais,
en anglais ou en allemand pour nous adresser au commerçant.
Juste avant, une borne automatique avait refusé ma carte
de paiement pourtant internationale : où sont les Polonais
joyeux , ceux à qui nous nous adressions sur le moindre
parking gardé et à qui nous confiions de bon coeur
notre véhicule ? Petits boulots peut-être mais c’était
bien sympathique ces quelques paroles échangées
avec nos mots maladroits et ces sourires. Ici, les machines impersonnelles
ont chassé les humains. Là-bas, où sans doute
nous faisions figure de riches, nous nous sentions accueillis
et les humains étaient partout.
Les photos, les images mentales et nos souvenirs sont désormais
ancrés au fond de nous. Dès notre retour, grâce
à Gazeta Beskid j’ai trouvé la recette et
j’ai cuisiné... des pierogis ! Viva Polska !
Il va sans dire que la responsabilité des propos tenus
dans ces lignes n’engagent que moi, que ce vécu n’est
qu’une petite expérience personnelle, fort empirique
et hasardeuse, qu’il me plaît néanmoins de
partager avec les lecteurs de Beskid qui peuvent nous joindre
à henry.porebski@wanadoo.fr
Annie Porebski